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Visions du soi et du non-soi

748 Ombre et lumière
748 Ombre et lumière

La vision du samsara*, c’est que les choses sont impermanentes et imparfaites, donc insatisfai­santes : c’est la vision partielle d’un soi séparé.

La vision du nirvana, c’est que les choses sont parfaites dans l’intemporalité : c’est la vision de la totalité, et de l’unité.

C’est une question de niveau de conscience.

La vision du nirvana inclut celle du samsara, et développe ainsi l’amour et la compassion pour ceux qui ont la vision du samsara, mais l’inverse n’est pas vrai.

Quand le soi est dans l’ignorance, il perçoit la manifestation comme la seule réalité et comme une réalité ayant une existence inhérente : c’est l’extrême de l’existence.

Quand il est un peu plus éveillé, il croit que la manifestation est une illusion, qu’elle n’existe pas réellement : c’est l’extrême de la non-existence. 

Quand il dépasse les deux extrêmes de la vision dualiste du soi, il s’imagine alors qu’il existe une autre réalité, la vraie, extérieure à la manifestation : on retombe dans l’extrême de l’existence.

Dans le non-soi, il n’y a plus les notions dualistes d’existence ou de non-existence, car il n’y a plus de soi qui pourrait exister ou non, mais simplement le déploiement spontané de la réalité, qui est en même temps existante et non existante, et en mouvement constant. Si on regarde les formes, elles disparaissent, si on regarde la vacuité, les formes apparaissent : elles sont la même réalité impermanente. La seule chose qui a l’apparence de la permanence, c’est le soi, car c’est un concept et les concepts sont permanents. C’est pourquoi on peut saisir le soi, s’attacher et s’identifier à lui, car il existe dans le temps. Mais la réalité est insaisissable, parce qu’elle est en dehors du temps. Seulement ce qui est dans le temps peut exister, ou ne pas exister. L’ego qui souffre dans le samsara, parce qu’il s’imagine exister, voudrait ne plus exister, ne pas se réincarner, pour ne plus souffrir. Mais le monde du sans-forme où il rêve de s’échapper fait toujours partie de l’existence ordinaire, dont il est un des trois royaumes.


Samsara (pali) : littér. transmigration perpétuelle. Désigne le cycle des renaissances – le monde conditionné dans lequel nous vivons – qui, tant que nous n’en avons pas perçu la nature illusoire et le considérons comme la seule réalité, est comparé par le Bouddha à un océan de souffrance.

 

16 janvier 2017, Chiang Mai

Site créé par Pierre Wittmann